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Une identité culturelle défendue
au fil des siècles
En 2007 tenait à l'Université des Sciences Sociales et Humaines de Hanoi
le 2ème colloque franco-vietnamien de psychothérapie, sur le thème de la
culture face à la mondialisation. M. Huu Ngoc - Un chercheur culturel très
connu au Vietnam a eu une présentation sur le sujet: l’Identité de la
Culture Vietnamienne. Vietnam Découverte a le plaisir de vous
transmettre son point de vue dans l'espoir de vous faire connaitre mieux
notre culture de quatre milles ans.
"Avant de comprendre la culture du Vietnam, il faut commencer par le
début, c'est-à-dire par comprendre ce que signifie «Vietnam». Le nom de ce
pays est composé de 2 mots : Viêt, qui désigne l'ethnie Viêt, et Nam, qui
signifie Sud. L'ethnie Viêt représente 86% de la population de ce pays. Le
Vietnam est donc le pays des Viêt du Sud. De la même façon, Yougoslavie
est composée de Yougo qui signifie Sud et de Slavie qui désigne les
Slaves, ce qui donne les Slaves du Sud. La question qui se pose est : que
sont devenus les Viêt du Nord ? La réponse est : ils ont disparu ! Ou plus
exactement, ils sont devenus Chinois. Donc qu'est-ce qu'un Vietnamien ?
C'est un homme de l'ethnie Viêt qui ne voulait pas devenir Chinois, qui ne
veux pas devenir Chinois, et qui ne voudra jamais devenir Chinois !" C'est
ainsi que Huu Ngoc introduit son sujet "L'identité culturelle : quel
enseignement tirer du modèle vietnamien ?"
Selon M. Ngoc, une erreur courante consiste à croire que la culture
vietnamienne est un appendice de la culture chinoise, de même que le
Vietnam serait un appendice de la Chine. Mais en y regardant de plus près,
on s'aperçoit qu'il y a là 2 cultures distinctes. Par exemple, la culture
vietnamienne ancestrale possède un élément en commun avec le Sud de la
Chine, le Laos, le Cambodge, la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie, etc.,
c'est-à-dire avec tous les pays subtropicaux d'Asie du Sud-Est, mais pas
avec la Chine ancienne du Nord : c'est le tambour en bronze. "Dans ces
régions, la culture du riz en terrain submergé nécessitait beaucoup d'eau
et lorsque la pluie ne venait pas, les paysans se servaient de tambours en
bronze pour invoquer la clémence du Seigneur de la pluie. La culture
traditionnelle chinoise se fonde sur une agriculture de terrain sec, ce
qui a impliqué de nombreuses autres différences par la suite. D'ailleurs
on dit que la Chine s'est développée autour du fleuve Jaune et le Vietnam
autour du fleuve Rouge", raconte Huu Ngoc.
Le chercheur culturel illustre le développement de la culture vietnamienne
par un arbre dont le tronc serait la culture ancestrale et les 4 branches,
les grandes périodes d'influences extérieures. La première pierre de la
culture vietnamienne (le tronc), remonte à plus de 1.000 ans av. J.-C. On
peut observer encore aujourd'hui des spécificités vietnamiennes qui se
sont perpétrées dans les campagnes. Par exemple, comme la culture du riz
nécessite 2 fois plus de place que d'autres types de culture (car le riz
est repiqué), l'élevage n'a pas été très développé, ce qui se traduit par
une alimentation contenant moins de viande que chez les Occidentaux. En
Europe où l'on cultive le blé et où les terrains plats sont nombreux, les
animaux sont traditionnellement élevés dans des pâturages. Autre
spécificité ancestrale du Vietnam, ce sont toujours les femmes qui
plantent le riz, car elles sont censées lui transmettre leur fécondité…
Huu Ngoc ajoute que "les femmes vietnamiennes portaient des jupes,
contrairement aux Chinoises qui portaient des pantalons.
Ce n'est que dans les années 20, pendant la colonisation française, que
les femmes vietnamiennes se sont mises à porter des pantalons. Mais
aujourd'hui, avec la mode, les jeunes femmes mettent à nouveau des jupes
!". "Ce qui est resté de la culture ancestrale vietnamienne, ce sont aussi
les cent feuilles de bétel que la famille du futur marié offre à la
famille de sa promise…".
Rôle important de la langue vietnamienne
Selon
Huu Ngoc, la langue joue également un rôle très important dans la
constitution de l'identité vietnamienne : "Certes, de 60% à 70% de mots de
notre langue proviennent du chinois, mais si nous perdions les 30% de mots
vietnamiens qu'il nous reste, nous perdrions l'unicité de notre identité
culturelle, et notre culture serait absorbée par la culture chinoise. Il
est arrivé que Hô Chi Minh trouve des expressions vietnamiennes composées
de plusieurs mots d'origine chinoise et de changer ces mots par d'autres
vietnamiens pour favoriser la pureté et l'originalité de la langue
vietnamienne. C'est un peu ce qu'il se passait en France au 16e siècle
lorsque la langue française commençait à se développer." Une langue
ancestrale qui a permis de conserver les mythes fondateurs du Vietnam. Des
croyances ont ainsi traversé les âges et perdurent encore aujourd'hui :
l'animisme, le culte de la fécondité, de la mort, des ancêtres, la
croyance aux génies, etc. Contrairement à celles de la Chine, les
divinités vietnamiennes étaient en majorité féminines. Avant l'arrivée des
Chinois au 2e siècle av. J.-C., le rôle de la femme était prépondérant au
Vietnam. La société était à moitié matriarcale (sous l'autorité de la mère).
Sur ce tronc culturel originel sont venues du monde entier des influences
que l'on peut classer en 4 ensembles principaux : l'influence chinoise, la
colonisation française, les 30 années de révolutions et de guerres et le
Dôi Moi (Renouveau). Huu Ngoc explique : "La Chine a conquis le Vietnam au
2e siècle av. J.-C. et elle l'a occupé jusqu'au 10e siècle apr. J.-C.. Les
Viêt du Nord sont devenus Chinois en l'espace de 12 siècles mais la
culture des Viêt du Sud a résisté. Au 18e siècle, les Vietnamiens ont créé
leur propre écriture à partir de la langue chinoise et de leurs dialectes
ancestraux. L'influence chinoise a cependant perduré jusqu'en 1945, et
elle existe encore de nos jours." L'apport culturel de la présence
française concerne essentiellement les sciences, notamment les sciences
appliquées (électricité, locomotives, etc.). Mais les Français ont
également introduit la notion de l'individu et du "moi" dans la
philosophie vietnamienne. Le pronom personnel vietnamien tôi correspondant
au "je" français n'existe que depuis les années 20. Cette notion
d'individu était très différente des préceptes confucianistes hérités de
la présence chinoise, mais elle a permis à la littérature et à la poésie
de se développer avec l'expression des sentiments intimes et des pensées
personnelles…
Selon
Huu Ngoc, les 30 années de révolutions et de guerre ont aussi influencé la
culture vietnamienne : "C'est l'arrivée du marxisme qui était pour Hô Chi
Minh un moyen de réaliser l'indépendance de son pays. Cette volonté
d'indépendance lui a d'ailleurs valu la méfiance de Staline et de Mao,
mais cela ne l'a pas empêché de réussir à unifier le Vietnam sans détruire
l'identité culturelle de son peuple." La période du renouveau a également
apporté son lot d'influences extérieures à la culture vietnamienne. "C'est
l'apparition du secteur privé, de la notion de concurrence… Le Vietnam
s'est développé dans le sillage de la mondialisation et pour mener à bien
ce développement des règles ont été posées : nous devons bâtir un pays
assez riche, pour ne pas revivre, par exemple, la famine de 1945 ; un pays
assez fort pour se défendre ; un pays équitable, avec ni trop de riches ni
trop de pauvres ; un pays qui respecte l'individu, et surtout, un pays qui
défend son identité culturelle, comme il l'a toujours fait au fil des
siècles."
Lorsque 2 cultures se rencontrent, une culture dont l'identité est
faible peut être entièrement assimilée et remplacée par l'autre. Mais
lorsque les identités culturelles sont fortes, il y a un phénomène
d'acculturation, c'est-à-dire que les cultures prennent chacune à l'autre
ce qui leur semble bon et rejettent ce qui ne leur conviennent pas.
M Ngoc conclut son propos en disant que c'est de cette façon que la
culture vietnamienne a évolué sans jamais perdre ses racines, elles a
puisé à l'extérieur ce qui lui semblait bon.
Source: Le Courrier du Vietnam
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