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Tout commence ici, dans les couleurs déchirantes de l'Asie. Ici, Marguerite
Duras, née en 1914 dans un faubourg de Saïgon, est devenue une femme, un
écrivain. Sadec, «jardin de la Cochinchine», bourgade provinciale avec ses
arroyos, son marché couvert, ses maisons coloniales à l'abandon,
mélancoliques comme des palmiers. Sadec, la ville de L'Amant, le royaume de
Marguerite Duras, écrivain français, enfant de l'Indochine, fille de l'eau
et du Mékong.
"C'est donc pendant la traversée d'un bras du Mékong sur le bac qui est
entre Vinh Long et Sadec dans la grande plaine de boue et de riz du sud de
la Cochinchine, celle des oiseaux. Je descends du car; je vais au bastingage.
Je regarde le fleuve. Ma mère me dit quelquefois que jamais, de ma vie
entière, je ne reverrai des fleuves aussi beaux que ceux-là, aussi grands,
aussi sauvages, le Mékong et ses bras qui descendent vers les océans, ces
territoires d'eau qui vont aller disparaître dans les cavités des océans.
…
Voyez ce bac, avec à son bord un bus, des camions à la gueule cabossée qui
les fait ressembler à des bouledogues, des enfants qui vendent des tickets
de loterie, des motocyclettes pétaradantes conduites par des cavalières au
visage protégé par des mouchoirs. Tout vrombit, tout frémit sur le Mékong”.
(Extrait du roman l’Amant)
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