Voyage dans l’univers du thé vietnamien: de théiers à l’art de sa dégustation
Au Vietnam, le thé fait partie du quotidien. On le boit le matin, après un repas, lors d’une rencontre ou simplement en discutant au bord de la rue. Appelé « trà » en vietnamien, il est particulièrement présent dans le Nord du pays, où le thé vert au goût légèrement amer reste très apprécié.
Cet article revient sur l’histoire du thé au Vietnam, ses régions de production, ses façons de le préparer et la place qu’il occupe dans la vie sociale vietnamienne.
Une tradition ancienne
La culture du thé au Vietnam possède des racines très anciennes. Le pays abrite de nombreuses régions de théiers, dont certaines comptent encore des arbres anciens dans les montagnes du Nord. Ces théiers centenaires, parfois perchés à haute altitude, témoignent d’un lien profond entre les communautés locales, la nature et la culture du thé.
Le thé vietnamien a aussi été influencé par les échanges culturels avec la Chine, particulièrement dans le nord du pays. Pendant des siècles, ces échanges ont laissé des traces dans les habitudes culinaires, les rites familiaux et l’art de boire le thé. Cependant, le Vietnam a développé sa propre manière de consommer le thé : plus simple, plus spontanée, mais profondément ancrée dans la vie quotidienne.
Autrefois apprécié par les lettrés, les familles aisées et les amateurs de poésie, le thé s’est progressivement démocratisé. Aujourd’hui, il est présent aussi bien dans les maisons rurales que dans les cafés urbains, les marchés, les bureaux et les petits stands de rue.
Un marqueur identitaire du Vietnam
La dégustation du thé vietnamien à beau suivre des rituels plus simples qu’en Chine ou au Japon, elle est solidement ancrée dans la culture vietnamienne. Les habitants en boivent partout et à tout moment, à la maison, sur leur lieu de travail, dans les petites gargotes établies sur des trottoirs étroits, ainsi que lors de fêtes traditionnelles, des mariages et des funérailles.
Le matin peu après le réveil, nombreux sont ceux qui se servent une tasse de thé vert chaud. Cela leur permet de commencer une nouvelle journée avec la sensation agréable de se rafraîchir et de partir l'esprit tranquille. On en consomme beaucoup, aussi, après les repas, en particulier le dîner, sans s’inquiéter du risque de rendre le sommeil plus difficile ensuite.
Partager un « trà » est également habituel lors d’une réunion familiale et dans les rencontres entre amis ou voisins, pour bavarder sur ses occupations et partager des anecdotes de la journée. Les Vietnamiens ont la conviction que leur breuvage national est doté d’un pouvoir rassembleur, en effet, exprimant le sens de l’accueil. Lorsqu'ils reçoivent des invités, offrir une tasse chaude est un signal fort d’ouverture et de cordialité. « Le thé est le début de toutes les conversations », comme on dit souvent.
Des montagnes du nord au delta du Mékong, on ne se contente pas de boire à la maison la boisson de l’hospitalité. Elle fait tout autant partie de la rue, pour preuve l’expression très courante « trà đá vỉa hè », qui se traduit littéralement par « boire du thé sur les trottoirs ». Il est souvent servi - glacé ou chaud - par des « quán cóc », les vendeurs ambulants que l'on trouve facilement à l’entrée des gares, des écoles, des bureaux, ou à l’écart dans des ruelles calmes.
Ces mini-bistrots sont généralement sans tables pour leur clientèle, étant juste équipés de petits tabourets en plastique. On remarque partout dans le pays des petits groupes de personnes, principalement des hommes, assises autour d'un « quán cóc » pour siroter nonchalamment une série de tasses de thé vert. Ils partagent des potins et écoutent les dernières nouvelles en fumant des cigarettes, souvent aussi, et en croquant des bonbons aux arachides par exemple, ou des graines de tournesol.

Récemment, le « trà chanh », c’est-à-dire le « thé au citron », est devenu très tendance. Au point qu’il est entré dans le langage courant des jeunes pour exprimer l’idée de « sortir ». Si l’on vous adresse un « Tra chanh khong? », qui se traduit par « Veux-tu boire du thé au citron? », cela indique qu'on vous invite à vous réunir dehors. Pour beaucoup de Vietnamiens, le « trà chanh » est plus qu'une boisson, c'est une expérience de la vie sociale, en particulier à Hanoi. Se désaltérer avec un thé au citron au cœur du vieux quartier, c'est plonger ses papilles dans le mode de vie de la jeunesse locale.

De la terre à la tasse
Le Vietnam possède de nombreuses régions productrices de thé. Les plus connues se situent dans le nord, notamment à Thai Nguyen, Ha Giang, Yen Bai, Lao Cai, Lai Chau ou Dien Bien. On trouve également des plantations dans les Hauts Plateaux du Centre, en particulier autour de Dalat.
Les récoltes ont généralement lieu entre avril et octobre. Le printemps est souvent considéré comme la meilleure saison, car les jeunes bourgeons donnent un thé plus fin, plus parfumé et plus équilibré. La cueillette demande beaucoup de soin : les feuilles doivent être sélectionnées au bon moment afin de préserver leur fraîcheur et leurs arômes.
Dans certaines régions montagneuses, notamment au Nord-Ouest et dans le Nord-Est, les théiers anciens occupent une place particulière. Ils poussent parfois dans des forêts de thé, loin des grandes plantations industrielles. Leur récolte est plus difficile, mais leur valeur culturelle et économique est importante. Ces thés anciens intéressent de plus en plus les amateurs de thé, les voyageurs et les entreprises souhaitant valoriser les produits locaux.
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Les variétés de thé les plus populaires au Vietnam
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Thé vert
Le thé vert, appelé trà xanh, est sans doute le plus répandu au Vietnam. Il est apprécié pour son goût légèrement amer, sa fraîcheur et sa finale parfois douce. Sa fabrication comprend plusieurs étapes : la cueillette, le flétrissement, le roulage, puis le séchage. Le traitement rapide des feuilles permet de limiter l’oxydation et de conserver leur couleur verte.
La province de Thai Nguyen, en particulier la région de Tan Cuong, est réputée pour produire l’un des meilleurs thés verts du pays. Située à environ 80 km au nord de Hanoi, cette zone bénéficie de conditions naturelles favorables qui donnent au thé un parfum caractéristique et une saveur équilibrée.
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Le thé Shan Tuyet
Le thé Shan Tuyet, ou « thé des neiges », est l’une des variétés les plus originales du Vietnam. Il pousse dans les hautes montagnes du Nord, souvent à plus de 1 200 mètres d’altitude. Ses grands bourgeons sont recouverts d’un fin duvet blanc, qui rappelle la neige et explique son nom.
On le trouve notamment à Ha Giang, Yen Bai, Lao Cai et Dien Bien. Certains théiers anciens peuvent atteindre plusieurs mètres de hauteur, obligeant les cultivateurs à grimper pour cueillir les jeunes feuilles. En bouche, le thé Shan Tuyet offre d’abord une légère amertume, suivie d’une douceur subtile et persistante.
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Le thé au lotus
Le thé au lotus est l’un des symboles les plus raffinés de la culture du thé vietnamienne. Le lotus, fleur sacrée au Vietnam, représente la pureté, l’élégance et la noblesse. Associé au thé vert, il donne une boisson délicatement parfumée, longtemps considérée comme un thé précieux.
Sa préparation demande beaucoup de patience. Les fleurs de lotus sont cueillies lorsqu’elles viennent d’éclore, puis utilisées pour parfumer les feuilles de thé. Traditionnellement, le thé est placé au cœur de la fleur pendant plusieurs heures afin d’absorber son arôme naturel. Le résultat est une infusion douce, florale et élégante.
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Les thés parfumés et les infusions
Outre le lotus, les Vietnamiens apprécient aussi les thés parfumés au jasmin, au chrysanthème ou à d’autres fleurs. Ces préparations équilibrent l’amertume du thé avec des notes florales plus douces.
Le thé d’artichaut, très populaire à Dalat, est également apprécié. Préparé à partir des fleurs, des feuilles ou des tiges d’artichaut, il est souvent consommé comme une infusion légère. On trouve aussi des boissons à base de gingembre, de camomille ou d’herbes locales, surtout dans les familles et les marchés traditionnels.
L'art de la dégustation du thé vietnamien
La plupart du temps, les Vietnamiens ne s’encombrent pas d’un protocole rigide pour boire un « trà ». Réunis avec des amis, ils « rallongent » à loisir leurs feuilles de thé vert à renfort d’eau chaude pendant des heures. Mais cela ne les empêche pas de respecter certaines règles, héritées des usages traditionnels.
Pour préparer une bonne tasse, on met des feuilles séchées dans la théière, et celle-ci est remplie avec de l'eau bouillante. Il ne s’agit que d’un rinçage car il faut jeter le liquide chaud après une dizaine de secondes ; ce processus est supposé réveiller les saveurs issues de la plante.

Ensuite, on infuse à proprement parler le thé pour effectuer le trempage. Un couvercle mis sur la théière permet de maintenir la température élevée et constante pendant trois minutes. Puis l’on verse lentement le thé vert dans la tasse, généralement très petite. Du coup, on la vide à plusieurs reprises, à un rythme assez soutenu avec quelques gorgées chaque fois.
Il convient de préciser qu’on n’ajoute pas du sucre ou du lait, contrairement aux habitudes de beaucoup d’Occidentaux. Une autre façon de déguster le thé du Vietnam, dans la culture traditionnelle vietnamien, c’est aussi de le boire avec des feuilles fraîches. Tout comme avec le thé séché, l’expérience est unique.

Nos derniers mots,
Nous vous souhaitons de pouvoir bientôt prendre des tasses de thé vietnamien avec des locaux ou des compagnons de voyage. Assis un matin sur un tabouret en plastique rouge d’une échoppe de rue, par exemple, ou bien dans un établissement de plus grand standing, vous partagerez avec eux une version de l'infusion. Ayez bien en mémoire, alors, que ce n'est pas seulement du « trà » que vous consommez. C'est un résumé ou un symbole sous forme liquide de l'histoire, de la diversité et de la culture populaire de leur pays, réunis dans chaque tasse ! Ce qui ne vous empêchera pas, et même vous incitera peut-être à goûter d'autres boissons et plats locaux incontournables.
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